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Solidaires

samira kinani samirakinani@gmail.com
Seule la solidarité internationale
arrêtera le bain de sang
Huit jours après : Les causes et les objectifs de l'agression israélienne sanglante contre le Liban Seule la solidarité internationale arrêtera le bain de sangLe Liban, tout le Liban, brûle et saigne depuis huit jours sans que les Nations Unies ou leur conseil de sécurité arrivent à une décision minimale : celle d'exiger d'Israël un cessez-le-feu accompagné d'une condamnation claire et nette concernant les massacres des civils, la destruction de l'infrastructure et l'emploi d'armes interdites (bombes à phosphore, gaz, bombes à fragmentationŠetc.). Plus de 400 morts et 3500 mutilés et blessés, des dizaines de milliers de logements détruits, des dizaines de ponts et de routes éventrés, plus de vingt usines rasées, des milliers de voitures et de camions disloqués, des milliers d'hectares de culture et d'arbres fruitiers incendiés. Et le crime se poursuit sous les yeux de Georges W. Bush et de son ambassadeur aux Nations Unies, John Bolton, mais aussi de tous les chefs d'Etats, grands et petits, puissants ou faibles et, surtout des chefs d'Etats arabes qui trouvent normal de céder aux exigences américaines tandis que les soldats de la Finul (Forces Intérimaires des Nations Unies au Liban) refusent toute assistance aux habitants du village de Marwahine, dont 25 périrent sous les bombes israéliennes aux portes des troupes envoyées par Kofi Annane pour protéger les civils.Cette description ne reflete pas tous les faits de l'agression, surtout que l'operation israelienne se perpetue.Les détenus libanais et le droit internationalLes causes de cette agression continuent à faire couler beaucoup d'encre en Occident et aident les chaînes de télévision à trouver des sujets à discuter. Et l'accusation que nous entendons se répéter inlassablement à longueur de journée est : pourquoi le Hezboullah a-t-il choisi ce moment précis pour prendre en otages deux soldats israéliens afin de demander la libération d'autres otages libanais présents (illégalement, bien entendu) en Israël depuis plus de 24 ans et, même pour Samir Kantar, depuis plus de 28 ans ? A cette question, nous en répondons par deux autres : pourquoi les gouvernements successifs en Israël refusent-ils de libérer les otages libanais, malgré leur retrait de la majeure partie du Liban depuis 5 ans déjà ? Et pourquoi refusent-ils d'appliquer des résolutions datant de 1948, 1967, 1973 concernant le retrait de leur occupation de Nkhaileh, des sept villages libanais frontaliers, des fermes de Chebaa et des hauteurs de Kfarchouba ? Surtout que John Bolton, et avant lui Georges Bush et Condolezza Rice et d'autres chefs d'Etats, donnent à Israël l'aval d'exécuter par le feu et le sang la résolution 1559, parue en 2004, et concernant la prise des armes de la Résistance nationale libanaise contre l'occupation israélienne. Bien sûr, les raisons ne manquent pas aux plus fort dont la raison "est toujours la meilleure", puisque certains arguent du fait que ces armes sont au service de l'Iran ou bien de la Syrie, comme si le Hezboullah, aujourd'hui, et avant lui les communistes et autres résistants n'étaient pas des patriotes libanais et comme si le droit international et la Charte des Nations Unies (à la rédaction de laquelle le Liban avait activement contribué) ne sont faits que pour certains peuples au détriment de certains autres ; sinon, comment expliquer cette unanimité à appuyer le meurtrier au détriment des victimes (dont le peuple palestinien dans Gaza et les territoires occupés). La résistance libanaise avait le droit de faire tout ce qui est en son pouvoir pour libérer les détenus libanais et, aussi, les territoires toujours occupés. Et, il n'est pas nécessaire d'avoir, comme certains prétendent, une reconnaissance de la part de la Syrie qui avait pris, par la force, ces territoires au début des années Cinquante du siècle passé, pour pouvoir affirmer leur appartenance au Liban, puisque des documents existaient en France (l'Etat mandataire avant l'indépendance du Liban) et, qu'en 1968 (donc, bien avant la résolution 242), le président libanais Charles Hélou avait, par l'intermédiaire des instances internationales, demandé à la Syrie de sortir des fermes de Chebaa. D'ailleurs, le " Front de Résistance Nationale Libanaise" communiste avait reparlé de ces fermes en 1978 et les annales de l'histoire du Liban notent que plus d'une opération de résistance ont été faites dans cette région avant même la naissance du Hezboullah. Le plan israélien pour le Liban et la régionDonc, l'agression subie, aujourd'hui, par le Liban dépasse de loin les deux otages israéliens ou la libération des trois otages libanais.Elle vise d'autres objectifs : Le premier, sur le plan libanais, est de poursuivre les objectifs de l'agression de 1982, à savoir faire du Liban un Etat-satellite acceptant sans condition aucune le leadership d'Israël dans la région au sein du projet mis en évidence en 1993 puis il y a quelques années : le Grand Moyen Orient dirigé par les Etats-Unis et, accessoirement, par Israël. Un Moyen Orient où les pays arabes seront desarmés et israel comblé d'armes y compris l'arsenal nucleaire et chimique. Voilà pourquoi les armées de l'Egypte et de l'Irak furent démantelées et voilà pourquoi il faut que les Palestiniens et les Libanais rendent les armes. Ainsi, la résolution 1559 s'éclaire d'un jour nouveau. Le second, sur le plan libanais toujours, est la mainmise sur l'eau, considérée comme source d'énergie essentielle en ce début du troisième millénaire. Et Israël avait tablé sur l'eau libanaise (Litani, Hasbani, Wazzani) comme sur l'eau provenant des hauteurs du Golan; voilà pourquoi, il a besoin des fermes de Chebaa, qui gardent la route de l'eau, et voilà aussi pourquoi il faut une zone démilitarisée au Sud du Liban ou, plutôt, une zone où personne ne vit. Et les 21 villages frontaliers du Liban ainsi que la présence actuelle de la Résistance doivent être éliminés au plus tôt.Le troisième a rapport avec la situation en Palestine. En effet, la guerre contre le Liban "a fait oublier" ce qui se passe là : massacres quotidiens, destruction, prises d'otagesŠetc. Tout cela au nom de la "démocratie" à la mode américaine, puisque les Etats-Unis de Georges W. Bush trouvent normal qu'un peuple soit puni parce qu'il a voté contre le gré de celui qui l'occupe et que l'occupant et meurtrier de ce peuple soit récompensé par une aide inconditionnelle : 2,2 milliards en armes sophistiquées pour la seule année 2005, dont les F15 et les F16 très perfectionnés qui nous bombardent aujourd'hui. Le quatrième, enfin, a rapport avec l'Irak (et l'Iran) où l'administration américaine actuelle s'enlise. Elle voudrait, donc, avant l'ouverture de la campagne présidentielle, "refaire le plein" de ses chances en regroupant par la peur d'un terrorisme inexistant chez nous, mais créé auparavant par cette administration qui avait donné plein pouvoir à Ben Laden et à ses "moujahidins" pour faire "la guerre sainte" à l'ancienne Union soviétique. Et dans cet objectif, nous mettons ce qui se passe en Irak et en Afghanistan. Sans oublier la campagne concernant "la seule menace nucléaire iranienne" que Henry Kissinger avait évoqué dans le journal "Le Monde", il y a de cela quelques mois, et qu'il avait refusé de comparer à l'arme nucléaire détenue par Israël parce que ce pays défend les valeurs américaines ? !!!Ce plan américano-israélien se poursuit parce que le gouvernement libanais n'est pas arrivé à exécuter la part qui lui était échu et qui consistait à mettre fin à la présence armée du Hezboullah et des factions palestiniennes au Liban : ce qui faciliterait l'implantation de ces Palestiniens au Liban et permettrait d'accélérer les étapes de l'élaboration du Grand Moyen Orient précité.ConclusionPour toutes ces raisons, l'agression généralisée d'Israël va se poursuivre sous la direction des Etats-Unis. Seule une grande campagne de protestation et de pression peut l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Un cessez-le-feu immédiat et durable doit être exigé. Quant à la résolution 1559, elle relève du ressort du Liban qui demande aussi l'application des autres résolutions internationales, dont celles exigeant le droit au retour du peuple palestinien et la construction des Etat indépendant sur son territoire national. Le peuple libanais a besoin de toute la solidarité internationale sous toutes les formes pour arrêter le bain de sang dans lequel Israël l'a plongé depuis plus de 10 jours. Ses enfants, tués et mutilés, exigent un cri unanime contre leurs meurtriers et ceux qui les dirigent et leur procurent les armes.
Compte-rendu préparé par Le bureau politique du
Parti Communiste Libanais
(Beyrouth, le vendredi 21 juillet 2006)

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